[VIDÉO] “Atypical” (ou en français, “Atypique”), la série de Netflix sur un jeune autiste (août 2017)

Après “13 reasons why“, la série pour teens – inspirée du livre du même nom – qui traitait du harcèlement & de la violence (en particulier sexuelle) parmi les ados… & qui a beaucoup divisé les professionnels du monde entier… voilà que Netflix se tourne vers les TSA:fbhugh:

Comprendre par là les Troubles du Spectre Autistique. L’autisme, en clair (ou plus exactement, les autismes ! Car ce fameux spectre est extrêmement vaste, & l’on regroupe sous une seule appellation des personnes aux difficultés en vérité très éloignées).

Ici le héros, Sam (interprété par l’acteur Keir Gilchrist), est un jeune autiste de 18 ans qui est au lycée.

Le pitch, donné par Netflix, tient en trois courtes lignes :

Quand un ado autiste décide de trouver une petite amie, sa soudaine soif d’indépendance crée dans toute sa famille une remise en question aussi radicale qu’inattendue.

 

Et voilà le teaser officiel :

 

La série débarque ainsi sur Netflix aujourd’hui, 11 août 2017, pour les abonnés :up:

Bien sûr, les médias ont commencé à en parler depuis quelques semaines, avec parfois des remarques plutôt drôles qui montrent combien l’autisme est mal connu en France.

Exemple hilarant avec un billet du site Konbini : “Trailer : Atypical, le teen drama sur un ado autiste en pleine puberté“, qui commence par ces mots :

Rares sont les personnages de série touchés par le TSA (trouble du spectre de l’autisme, c’est son nom le plus conventionnel). Avec Atypical, Netflix espère changer la donne et accorder davantage de visibilité à cette minorité de la population. Commandée en octobre 2016, la prochaine dramédie de la plateforme américaine nous emmènera à la rencontre de Sam, un lycéen autiste, et de sa famille. Celle-ci comprend notamment sa sœur sarcastique à souhait, son père mais surtout sa mère, une sorte de maman poule qui est prête à tout pour son fils.

 

Rares sont les personnages de série touchés par “le” (!) TSA !? Vraiment ???  :fbrire:

On voit que l’auteur du court papier, Florian Ques, ne sait pas ce qu’est “le” TSA (ou plus précisément, “les” TSA !). Sinon, il aurait compris que les personnages se voulant autistes (en général Asperger) sont a contrario très nombreux dans l’univers des séries :fb;):

Preuve que ce monde de l’autisme fascine les non-autistes : il est quasi impossible d’échapper à une représentation, souvent caricaturale & pas des plus fines, de l’autisme dans chacune des série – ou presque – que l’on peut visionner depuis bien 15 ou 20 ans.

Entre celles qui ont un personnage récurrent étant clairement étiqueté aspie, même lorsque les créateurs s’en défendent (parmi plus connues, je citerai Monk, the Big Bang Theory, Silicon Valley, Parenthood, the Middle, Sherlock, Bones, the Code, Esprits Criminels, Boston Justice, Bron/the Bridge, Community, Fringe, etc.)… & celles qui ne font qu’intervenir un personnage autiste par-ci par là, on est en réalité littéralement envahis par les TSA  :hum:

Le souci majeur : ces personnages de fiction ne sont généralement pas débarrassés des lourdes idées reçues qui lestent le continuum autistique  :?

Il n’y a donc pas véritablement de bénéfices à retirer pour les personnes avec autisme. Le regard des scénaristes n’est que rarement juste. Perso je regrette (dans bien des cas) des traits forcés à l’extrême, des préjugés, des amalgames grossiers. Ce qui ne m’empêche pas d’aimer certaines de ces séries, ceci dit.

Certes ils font le show… (Sheldon Cooper, de TBBT, en est la parfaite illustration) mais au détriment d’une vision plus mesurée & réaliste :down:

Cependant, il faut garder à l’esprit que les créateurs des séries ne sont pas là pour donner des informations les plus exactes possibles, mais pour divertir & faire accrocher le téléspectateur.

J’ai d’ailleurs perçu en France une nette recrudescence de l’intérêt porté aux Asperger par des scénaristes, & autres. Je suis très souvent contactée par des auteurs voulant insérer un personnage autiste dans une série, dans un roman, & demandant de l’aide. Ça fait bien d’avoir un tel personnage actuellement, c’est en vogue, même quand au fond, on n’y connait rien !?  :x

(je précise que je refuse toujours de prendre part à cela. Car ça me gonfle cet intérêt de façade – c’est en tous cas ainsi que je perçois toutes ces demandes – pour une particularité qui devient ces temps-ci très à la mode… L’autisme vu par des non-autistes ! Il FAUT un personnage autiste, pour surfer sur la vague, maintenant qu’on en parle un peu plus dans l’Hexagone o.O )

France 2 a fait de même il y a deux jours avec les zèbres (comprendre par là les surdoués). Un médiateur avec haut QI a pris place dans un téléfilm diffusé mercredi  09 août…

Bref, pour revenir à la série Atypical, je n’ai pas encore regardé ses 8 épisodes. Je ne sais donc pas ce que cela vaut ; mais je vais le faire, très vite  :round:

MISE à JOUR (le 12 août 2017) : après avoir visionné les 8 épisodes de cette saison 1, voilà mon ressenti  ;)

Alors j’ai eu un peu de mal à plonger véritablement dans la série. Je suis une grande consommatrice de séries (essentiellement venant des US & de UK) & en général, je sens dès le premier épisode si j’accroche +++ … ou non.

Atypical n’est à mon sens pas une série grandiose (elle n’est pas à classer dans la catégorie de Breaking Bad, par exemple :!: ) ; mais plutôt une petite série sympa, qui se regarde facilement & permet de se détendre & de sourire.

Il faut reconnaître qu’elle m’a finalement touchée plus que je ne le pensais. Le teaser ne m’ayant pas véritablement convaincue.
Au fil des premiers épisodes j’ai trouvé Sam très attachant, bien que plutôt caricatural (un peu à la façon d’un personnage que l’on aurait composé en cochant chaque case d’une check-list). Il ne se sépare jamais de son casque à réduction de bruit qui l’aide à supporter un environnement qu’il perçoit comme agressif par bien des aspects.

Mais la série est plus vaste & plus intéressante que son seul héros autiste : elle englobe une famille. La vie familiale de quatre personnes, les Gardner, plus tous les personnages secondaires qui participent peu ou prou à cette vie ! :up:

Avec notamment une sœur, Casey, qui existe elle aussi & qui essaie de trouver une place.

Il y a des choses extrêmement bien vues, comme dans le 4ème épisode qui m’a beaucoup amusée. Doug, le père de Sam, se rend pour la première fois dans un groupe de soutien pour parents d’enfants autistes & se prend une volée car il n’utilise pas les “bons mots” (comprendre par là les termes jugés acceptables par ce groupe).

Ainsi, on l’interrompt pour lui faire la leçon : ne pas parler “d’enfants autistes“, mais “enfants atteints d’autisme“… car on place “la personne avant le diagnostic“. Puis on le reprend vertement lorsqu’il ose parler de “mieux” dans le quotidien de son fils… Cet homme ne sait alors plus comment exprimer ce qu’il voudrait partager, car il sent que les mots ont plus de valeur que ce qu’il essaie d’expliquer. Et que tout ce qu’il dit est sujet à commentaires.

Sa femme, Elsa (la mère de Sam), reprend alors la parole & traduit tout ça en termes admissibles pour le groupe qu’elle fréquente, elle, depuis de nombreuses années & dont elle maîtrise à merveille les codes.

Cette situation est drôle, mais pourtant bien réelle & en vient à être regrettable & triste du fait de cette authenticité. Et pour tout vous dire, les ayatollahs de l’autisme que j’ai pu croiser seraient même allés plus loin ! Il en France est des groupes où les expressions “atteint d’autisme“, “touché par l’autisme” sont tout simplement prohibées, & si on les emploie, on est littéralement lynché sur le champ.
Mais le plus rigolo : tous ne s’accordent pas sur ce qui est acceptable ou non. Chacun y va de sa règle.

Personnellement, ce type de réactions m’a toujours affligée. Dans le monde de la douance comme des TSA, je trouve que s’attarder sur ces querelles lexicales est absurde & signe de peu d’intérêt pour le fond du discours  :fbhum:

Je préfère écouter / lire le fond de la pensée de la personne qui s’exprime.

Pour revenir à la série, elle est en définitive assez agréable à suivre si l’on parvient à la prendre comme elle est. C’est à dire une série sur une famille atypique, pas forcément fidèle à une réalité plausible, mais une famille de série, comme on en trouve dans Suburgatory, par exemple.

Ne cherchez pas le réalisme.

Que ce soit clair : ce n’est pas non plus une série qui va éduquer sur l’autisme avec un grand A !!! Ce n’est pas l’objectif   :^^:

Ce sont des tranches de vie de cette famille fictive, qui se trouve avoir un membre sur le continuum autistique, & pas un manifeste pour l’autisme dans la vraie vie, en 2017.

Le personnage de Sam fera certainement écho à certains de vos comportements ou réflexions, ou ceux de vos enfants, mais évidemment pas tous. Et c’est normal ! Comme je ne cesse de le souligner, sur ce blog, dans mes conférences, dans mon livre : il y a autant de manières d’être autiste qu’il y a d’autistes :P

La peur de la différence, la peur de l’avenir pour un proche autiste, le rejet, la peur de ne plus être indispensable à la vie de ce proche, la gestion des crises autistiques, l’indépendance des personnes avec TSA, la crainte d’être enfermé(e) dans le rôle d’aidant… & de s’oublier, purement & simplement. Tous les personnages sont confrontés, à leur niveau, à ces interrogations bien réelles pour les gens qui vivent elles-mêmes avec un TSA ou près d’un autiste.

Car Sam grandit, il évolue, & ces changements aussi nécessaires qu’inattendus, (lui) font peur & viennent chambouler une routine familiale où les places respectives étaient bien définies.
Il n’aime pas la nouveauté, comme bien des personnes avec autisme, mais elle fait partie de la vie. Et sa quête d’autonomie vient redéfinir le fonctionnement de tout ce petit monde.

Dans le 5ème épisode, Sam expose ceci :

Il me faut du temps pour m’habituer à la nouveauté, mais une fois que j’y suis habitué, j’ai du mal à faire sans. 

 

Habiletés sociales, amour, difficultés sensorielles, repérage, stéréotypies, intérêts restreints (les manchots de l’Antarctique dans le cas de Sam :like: ), besoin d’exactitude, relations sexuelles, codes sociaux, respect des règles, comportements d’auto-stimulation, différences entre 2 autistes, établissement de listes pour évaluer des situations. Tous ces thèmes rythment la série.

En conclusion, Atypical est une jolie série sympathique & intéressante. Elle ne bouleversera sans doute pas le regard des non-autistes sur les TSA, mais elle a le grand mérite d’en parler, de dire que ces gens hors norme existent & qu’ils doivent aussi exister aux yeux de la société.

Et ça, c’est déjà louable :love:

Et vous ? Qu’en avez-vous pensé ???


MISE à JOUR du 15 septembre : Netflix a confirmé que la série serait renouvelée pour une 2ème saison 😁  Elle comprendra dix épisodes (pour mémoire, cette 1ère saison n’en comptait que huit) 👍🏻

À suivre… 🙂


Asperger et fière de l'être. Voyage au cœur d'un autisme pas comme les autres


:finger: quelques billets complémentaires du blog, pour mieux comprendre ce qu’est (ou n’est pas) le syndrome d’Asperger :


Les Tribulations d'un Petit Zèbre, le livre du blog !



Le casque Bose du jeune autiste Sam  :love:
(la technologie “réduction de bruit” du QuietComfort 35 est vraiment impressionnante 8O J’ai acheté ce casque au zébrillon début septembre & il en est raide dingue !!!)

À propos de Alexandra Reynaud

Autiste Asperger avec très haut QI, diagnostiquée à 32 ans ◦˚ஐ˚◦ Blogueuse • Maman • Conférencière • Auteure aux éditions Eyrolles

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9 réponses à [VIDÉO] “Atypical” (ou en français, “Atypique”), la série de Netflix sur un jeune autiste (août 2017)

  1. Isa LISE dit :
    J’allais écrire la même chose : “rares”, hum pas sûre du tout ! Au contraire ! Mais la frontière est parfois si mince entre les zèbres (qui sont très très à la mode mais avec une tonne de clichés…) et les Asperger que je ne suis pas sûre qu’ils aient réalisé la nuance… C’est le problème quand on pense “marketing” plus qu’information.
    J’attends avec hâte ton avis.
    Bon week-end !
  2. Thiloup dit :
    Idem, ça reste une personne sur le continuum autistique. Mais ça a l’avantage au moins de se reconnaitre et ça fait du bien.
    J’ai trouvé certaines situations caricaturales à mon sens comme l’incompréhension de l’implicite (je m’excuse s’il existe des personnes vraiment ainsi), parce que c’est plus pendant l’enfance que j’aurais vécu ça, moins à l’adolescence où on apprend au fur et à mesure à anticiper (ou moins le montrer). Après oui c’est une comédie, peut être que ce serait moins drôle sans forcer les traits du TSA aisément reconnaissables, j’ignore si on peut faire rire en étant trop dans la réalité..
    C’est un peu court, pas du niveau d’intrigue des autres séries, mais ça reste familial et divertissant, j’accroche bien (ils ont choisi un format pas trop long).
  3. emmanuelle dit :
    Trois épisodes vus hier. Pas désagréables. Si je n’ai rien à faire, je continuerai. Mais je perret netflix pour l’extraordinaire série qu’est black litre!
  4. emmanuelle dit :
    Trois épisodes vus hier. Pas désagréables. Si je n’ai rien à faire, je continuerai. Mais je prefere netflix pour l’extraordinaire série qu’est black mirror!
  5. Gabrielle dit :
    C’est dommage que vous refusiez de communiquer des informations sur l’autisme à ceux qui veulent écrire ou filmer sur le sujet.

    Vous avez peur que vos propos ne soient pas compris, caricaturés ou mal interprétés.
    Je comprends, les asperger et autres zèbres veulent que tout soit parfait tout de suite. Tout est tellement réfléchit, pensé, structuré… Je comprends que ce soit inacceptable de fournir des informations à des gens qui ne les comprendront qu’à moitié, ou de travers.

    On ne peut pas demander à des neurotypiques de comprendre cette volonté du “bien faire du premier coup” si frustrante. On n’a pas le même câblage de toutes façons.

    Mais en revanche, leur donner des codes d’entrée, les aider à faire accepter cette différence, c’est faire avancer le monde sur le chemin de l’acceptation. Même si l’image donnée est caricaturale, binaire, et parfois stupide.

    Pensez à l’homosexualité. Il y a 50 ans, c’était honteux, les gens en parlait à voix basse. Aujourd’hui, c’est quasi normal. Il a fallu passer par des films caricaturaux, des trucs stupides et autres nanars pour que l’on accepte aujourd’hui que des homosexuels puissent exister aux yeux du monde.

    Moi en tous cas, toutes ces séries avec autistes ou zèbres, j’adore ! Et ça me fait rire parfois de voir ce que l’on en fait.

    Ce qui me fait plaisir aussi, c’est que le rejet que j’ai connu durant toute ma vie, je n’ai pas à le transmettre à mes enfants. Ils savent, eux. Parce que des gens comme vous communiquent sur le sujet, en parlent, diffusent les informations. Petit à petit, la normalité accepte l’anormalité, et c’est bien…

    • “C’est dommage que vous refusiez de communiquer des informations sur l’autisme à ceux qui veulent écrire ou filmer sur le sujet.”
      Non, ce n’est pas exactement ça. C’est surtout que, par expérience, la plupart de ces demandes n’est basée sur aucun intérêt véritable. Le but est uniquement de mettre un personnage qui surfera sur un vague. On parle autisme, donc on s’arrange pour caser un personnage autiste.

      Ce n’est justement pas dans un objectif de banalisation & de communication que cela est fait (en France en tous cas), dans la plupart des demandes de ce genre que je reçois.
      Et lorsque je n’ai pas senti cet attrait “façon visiteur de zoo”, j’ai aidé ;)

      Alexandra

  6. Cecilia dit :
    J’ai aimé cette série, mais finalement pour moi on accroche plus sur les autres membres de la famille que sur Sam. Car au final, il s’en sort pas mal, il a un ami et une petite amie un peu loufoque . Contrairement à sa mère qui trouve qu’elle ne sert plus à rien ceccar Sam est quête d’indépendance, elle va se trouver une occupation certainement pas le meilleur choix… Le père qui établi enfin une relation avec son fils. Moi aussi l’épisode du groupe de parole m’a choqué . Et Casey qui a toujours joué le rôle de grande sœur et qui demande à exister. La scène du bal entre le frère et la sœur était très belle. Après oui ce n’est le type de série dont on attend impatiemment la saison suivante, mais elle reste agréable.
  7. Lydia dit :
    Moi j’aimerai savoir si les ados aiment la série.

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