Chacun fait, fait, fait … c’qu’il lui plaît, plaît, plaît !

Je crois que les gens accordent bien trop d’importance au regard des autres.

Depuis la sortie de mon témoignage sur le syndrome d’Asperger, j’ai pu me rendre compte de l’agressivité patente de certains. De la méchanceté, même, qui les anime & sur laquelle ils se sont construits.

Quelques-uns ont par exemple cru indispensable de m’expliquer qu’avec mon haut QI je n’étais pas une “vraie Asperger“. D’autres m’ont au contraire exposé qu’avec mon autisme, je n’étais pas une “vraie surdouée“, en dépit de mon haut QI :!:

Vrai autisme ? Fausse douance ? Selon le diagnostic au doigt mouillé posé par de parfaits non-connaisseurs… quelquefois par des parents de personnes avec TSA, ou par des (T)HPI, qui rejettent tout ce qui ne leur ressemble pas trait pour trait.

Concours de petites cases, de clivages, de frontières. Et cela rejoint les préjugés tristement classiques… Les “il regarde son interlocuteur donc il n’est pas aspie” / “elle a des enfants donc elle n’est pas autiste” / “il travaille donc il n’est pas sur le spectre“, etc. On a que l’embarras du choix  :fbsad:

Il y aura toujours des individus coincés dans leurs certitudes, parlant pour ne rien dire. Faut-il pour autant y prêter attention & leur accorder la moindre importance ? :)
Pour ma part je ne le crois pas.

Je cite dans mon livre une phrase de Steve Jobs que j’aime tout particulièrement :

« Ne laissez pas le bruit des opinions des autres étouffer votre voix intérieure ! »

Les opinions des autres… Tout est là !  :oops:
Pourquoi donc tant de gens laissent ces opinions les briser, les façonner, les brimer ? Ce qui compte avant tout – me semble-t-il – est de se connaître soi, pour s’aimer du mieux possible & tendre vers la vie que l’on veut avoir :up:

Or ce n’est pas les autres, ni leurs opinions à la volée qui construiront notre vie. C’est nous, & nous seuls ;)

Cette voix intérieure doit primer, en toutes circonstances.

Cela me fait toujours sourire de voir à quel point nous sommes entourés de petits chefs, de petits spécialistes en tous genres. Sans doute est-ce le plus grand vice de l’ère d’Internet. Des utilisateurs n’hésitent pas à étaler leurs avis médiocres en tous domaines sur les réseaux sociaux.

Il suffit de vraiment maîtriser un sujet pour se rendre compte des inepties & des incohérences répétées, comme des mantras :fbcry:

L’autisme, comme le haut potentiel, n’échappent pas à ce principe. On lit de tout sur ces sujets, on voit de tout. Que ce soit sur les profils perso ou dans les médias, avec plus ou moins d’humour (souvent pas drôle pour les personnes concernées…) ou d’un ton plus professoral.

Force est de reconnaître qu’il faut également distinguer les authentiques rageux des personnes un peu trop envahissantes, qui ne réalisent tout bêtement pas qu’elles empiètent sur la liberté de leurs camarades, mais sans véritable intention de nuisance.

Mais finalement, est-ce si difficile pour les humains de ne pas juger autrui, de ne pas médire, sanctionner, condamner :?:

Je ne suis pas quelqu’un qui se confie (je n’en ressens jamais le besoin ou l’envie), pas plus que quelqu’un qui juge. Les gens sont comme ils sont, & rien – ou presque – ne me gêne à vrai dire. Sans doute parce que rarissimes sont ceux d’entre eux qui entrent en réalité dans ma bulle !?

Les autres gravitent au loin, mais ne m’atteignent pas. Jamais ils ne pénètrent dans mon monde. Ils peuvent par conséquent agir, penser, consommer, élever leur progéniture, vivre leur sexualité comme bon leur semble. Cela n’entrave en rien ma façon d’être vis à vis d’eux.

Pourquoi me permettrais-je de leur signifier ma désapprobation quant à l’une de leur pratique, aussi détestable soit-elle à mes yeux, si tant est que je doive l’appliquer à mon propre cas ? C’est leur vie ! Ils sont parfaitement capables de la mener de la manière choisie, sans recevoir de bons ou de mauvais points de leurs proches, de leur entourage.
Et c’est parce que je les estime & les respecte en tant qu’individus à part entière, différents de moi, que je vois les choses ainsi. Cela me parait d’une logique élémentaire.

Pourtant s’il est un point sur lequel j’ai constamment le sentiment d’être une extraterrestre parmi les gens, c’est sans conteste celui-ci. Voici je que j’écrivais à ce propos :

Je ne suis pas prosélyte ou moralisatrice pour un sou et j’ai du mal à comprendre ce qui pousse les autres à l’être. Il me semble que nous serions tous tellement plus libres si les gens cessaient de chercher à régenter la vie de leurs voisins !
Extrait d’Asperger & fière de l’être. Voyage au cœur d’un autisme pas comme les autres

Durant des années j’ai entendu de moi que j’étais distante, mystérieuse & insensible. Et paradoxalement, durant ces mêmes années, j’ai été la confidente de personnes croisées au hasard d’un trajet en train ou d’une salle d’attente, sans jamais avoir rien demandé. Mon silence ayant pour effet sur les autres de les inciter à me parler d’eux, abondamment  o.O

Phénomène aussi fascinant qu’étrange de mon point de vue ! Qui répond bien à un élan naturel chez une majorité d’êtres humains, dont je ne fais définitivement pas partie.

Oui, je suis différente, & je le vis très bien  ;)
J’ai toujours été ainsi & il n’y a aucune raison pour que cela change.

Je ne culpabilise pas ; je refuse de suivre les diktats qui voudraient faire croire que chacun doit se livrer en détails, doit pleurer pour illustrer combien il est sensible, doit vivre en communion avec les autres pour se montrer soudés.

Je suis autiste Asperger & je suis heureuse. Je le vis très bien, je ne suis pas en souffrance, contrairement à l’image régulièrement véhiculée de l’aspie qui doit se faire violence pour exister selon les codes des non-autistes.
On peut être sur le spectre sans considérer cette particularité comme une croix à porter, ou comme une pathologie nécessitant un accompagnement quelconque.

Et c’était aussi ce message-là que je souhaitais faire passer dans mon livre Asperger & fière de l’être, dont le titre m’a valu quelques grincements de dents.
Petite confidence : ce titre, je ne l’ai pas choisi. Car pour celles & ceux qui ne le sauraient pas, lorsqu’on publie un bouquin (auprès d’un véritable éditeur), on n’est pas seul(e) à décider. Non, les maisons d’édition ne laissent pas toujours aux auteurs le choix du titre, de la couverture ou encore de la 4ème de couverture…

En l’occurence ici, ces 3 éléments m’ont été imposés & je n’ai pu que nuancer certains détails avec lesquels j’étais en trop grand désaccord, sans pour autant revenir sur ce qui avait été brainstormé en haut lieu :fbhum:

J’ai pu lire çà & là :

“Quoi ? mais de quoi est-elle fière ?”
“Comment peut-on être fier d’une maladie ?”
“Mon enfant est Asperger et ça ne me rend pas fière”

Les plus intelligents m’ont posé la question, & j’ai volontiers répondu :like:
Les autres ont commenté, sans chercher à connaître mon ressenti ou mes explications…

C’est donc l’occasion de citer une partie de l’interview réalisée par Isa Lise, créatrice du blog Apprendre avec bonheur, pour la Journée Mondiale de sensibilisation à l’autisme le 02 avril dernier (l’interview complète est à retrouver dans ce billet) :

Isa Lise : Le titre principal de ton livre est “Asperger et fière de l’être”, pourquoi es-tu fière d’être Asperger?
Alexandra Reynaud : C’était un titre pour prendre à rebours la tendance française à voir dans l’autisme une déficience, une incapacité. Je voulais souligner dans ce livre qu’il n’y a pas de honte à être autiste Asperger, pas de drame, et que l’on pouvait mener une vie heureuse en se sachant aspie, et ne le cachant pas. J’ai voulu faire connaître dans ces pages le mouvement de neurodiversité, qui met en avant les différences de chacun, avec fierté.
De par mes deux blogs et les groupes de discussion dont je m’occupe, dont un dédié aux adultes Asperger, je constate régulièrement que des adultes diagnostiqués, ou en attente de diagnostic, vivent dans la peur d’être démasqués, et tremblent lorsqu’ils osent se risquer à un coming-out autistique, même auprès de leurs proches. Clamer cette fierté, surtout en cette journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, est aussi une façon de leur dire « Ne vous cachez plus, osez montrer qui vous êtes, parce que vous avez le droit d’être différent ».

Que vous soyez Asperger, (T)HPI, Dys, TDA/H, un combo, tout cela à la fois ou parfaitement dans la norme, whatever ! N’accordez pas d’importance au regard des autres : soyez simplement libres d’être vous-même !!!  :fbangle:


À propos de Alexandra Reynaud

Autiste Asperger avec très haut QI, diagnostiquée à 32 ans ◦˚ஐ˚◦ Blogueuse • Maman • Conférencière • Auteure aux éditions Eyrolles
Ce contenu a été publié dans Journal d'une Aspergirl, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

11 réponses à Chacun fait, fait, fait … c’qu’il lui plaît, plaît, plaît !

  1. Memepasmal! dit :
    BIEN DIT!!!!!j’aimerais TELLEMENTS que mon fils te lise.(HP,tdah)
    Merci!!!!!
  2. Bonjour,
    Très bon article. Il me semble que l’une des caractéristiques de l’Asperger est de fonctionner sans a priori ou préjugés. Cela lui permet d’être plus tolérant et accepter l’autre non pas comme on aimerait qu’il soit mais comme il est.
    J’ai remarqué que, même quand ils sont au courant, certains n’en tiennent pas du tout compte et veulent vous traiter comme normaux. J’ai ce problème avec mes clients par exemple et, dans certains groupes, je peux être la cible des plaisanteries. Cela embête ma femme mais j’y suis insensible.
  3. Ferrandez dit :
    Bravo oui il faut vivre et ne pas s’occuper des autres, je vous suis sur le blog des tribulations d’un petit zèbre, et vos mots me font du bien et m’aide à comprendre un peu plus mon fils non diagnostiqué asperger mais EIP et dys
    ( oui vous êtes différents des autres mais ne serait ce pas les autres qui ne sont pas dans la bonne case…) “humour”
    Continuer à vivre votre vie comme cela vous semble.
    Au plaisir de vous rencontrer un jour dans le sud.
    Amicalement.
    René
  4. Patricia pinel dit :
    C’est beau ce que tu écris alexandra…et comme presque toujours, ça resonne
  5. Filopon dit :
    Bonsoir Alexandra,
    Bien avant que je sois diagnostiqué, j’étais différent et indifférent. J’avais créé mon Baobab, un garde fou et une force majeure. J’étais fier d’être comme je suis. La nature ne m’a pas choisi, elle m’a accepté comme je suis, malgré le concept d’une norme abjecte et immonde. Au diagnostic posé, j’ai beaucoup pleuré d’avoir eu un fonctionnement de Caméléon et d’imposteur. Cela m’a beaucoup aidé d’avoir touché à l’invisible pour devenir visible par fierté. Je suis fier d’être différent et indifférent sans rentrer dans le contenu. J’apprécie comment tu l’expliques l’interaction des uns et des autres. J’ai toujours gardé une tolérance d’ouverture d’esprit malgré mes sensibilités émotionnelles. Merci Alexandra de partager ton fonctionnement.
  6. Elsa dit :
    “Je voulais souligner dans ce livre qu’il n’y a pas de honte à être autiste Asperger, pas de drame, et que l’on pouvait mener une vie heureuse en se sachant aspie, et ne le cachant pas.”
    Je veux bien le croire mais ce n’est pas donné à tout le monde…
    • J’en suis consciente, & souligne du reste dans le livre que j’ai bcp de chance de pouvoir organiser ma vie selon mes besoins. Je reviens sur tout ce qui m’a permis, à moi, d’avancer :up:

      Il y a dans chaque situation une conjonction de choses qui font ou défont un paysage. Ce sont aussi des choix que j’ai fait, il ne faut pas le perdre de vue. On en fait tous…. (j’ai mis la priorité sur un bien-être personnel, plutôt que sur une qualité de vie matérielle, par exemple) :!:

      Et montrer que cela est possible est une manière d’encourager les autres qui n’ont pas forcément (encore) eu cette chance :)

      Comme dans tout témoignage, c’est un parcours de vie. Pas un mode d’emploi…

      Alexandra

  7. Hélène dit :
    Très bel article, clair, net et précis ! Je partage bien de tes points de vue – alors que mon mix est assez différent du tien :)
    (Un des souvenirs les plus vivaces de maman est qu’elle aimait laisser la paix aux autres… en espérant qu’on veuille bien lui rendre la pareille ^-^)
  8. louise dit :
    Je commence sérieusement à m’interroger pour ma part … mais je ne peux pas y “croire” ou l’envisager.
  9. Niel Leïlani dit :
    Bonjour, j’espère que vous répondrez à mon commentaire pour savoir ce que vous en pensez.
    Cela risque d’être un peu long…
    Hier j’ai dévoré votre livre “Asperger et fière de l’être” en moins d’une demie-heure.
    Je me suis retrouvée dans beaucoup des “symptomes” de l’asperger mais certains divergent de mon comportement.
    Socialement, je ne crois pas en l’amitié, je n’y ai jamais réellement cru ou alors au contraire en une amitié réelle, extrêmement forte et sans faille. Ça a toujours été tout ou rien avec moi. Je trouve les autres stupides et sans intérêt. Je ne comprend pas leur manière de voir le monde et la vie en générale. Je jouais seule, avec mon imagination. Ou j’inventais. Les travaux de groupe n’ont jamais été pour moi, je les faisais seule.
    J’ai commencé à essayer de me faire des amis lorsque j’ai changé de collège en 3 ème.
    J’ai joué un rôle, calquant les comportement des autres. Mais je me retrouvais toujours décalée, infiniment seule. Depuis toujours j’ai l’habitude de lever les yeux vers le ciel avec nostalgie, me demandant quand est-ce que j’allais “rentrer chez moi”.
    Mais je pars trop loin…
    Quand j’ai tenté d’avoir des amis, je me changeais en véritable toutou. J’étais en adoration pour une personne, une seule. Et je l’aurai protégé au péril de ma vie, alors que je haïssais les autres, ils me débectaient. Et quand cette personne m’a manqué de respect, j’ai coupé les ponts du jour au lendemain. Je n’avais plus aucun sentiment pour elle. Et ça s’est passé trois fois comme ça. Jusqu’à ce que je n’ai plus du tout foi en l’amitié.
    En amour j’ai une philosophie tout aussi étrange : J’attends quelqu’un. Depuis mes souvenirs les plus lointains je me souviens pleurer parce que je souffrais d’un manque atroce de quelqu’un. C’est compliqué mais en bref je n’envisage pas de relation amoureuse avec qui que ce soit.
    J’ai aussi toujours eu un dégoût des germes, microbes, etc… Que je maîtrise à peu près à présent. Mais boire à la bouteille après quelqu’un, donner la main, faire un bisou… Je n’y arrivais pas. Je déteste toujours autant ça mais je le cache à présent. Bien qu’au moindre frôlement avec quelqu’un d’autre je sursaute ou j’ai un frisson de dégoût. Je ne peux pas rester trop près de quelqu’un.
    Ni tenir une conversation correcte, j’articule mal et quand je parle trop longtemps à quelqu’un je commence à trembler et à claquer des dents sans raison.
    J’ai des centres d’intérêt restreints : animaux/dessin/écriture/lecture. Au-delà je m’ennuie continuellement. Je vie dans un monde imaginaire et à 17 ans j’ai encore un ami imaginaire.
    Je ne parle pas énormément, même très peu et on me le fait remarquer.
    Je n’ai pas l’expression faciale de mes sentiments, c’est à dire que je pourrais être très heureuse et avoir un visage neutre.
    J’ai beaucoup de mal à regarder les gens dans les yeux mais je mettais ça sur le compte d’un strabisme divergent très prononcé, qui diminue ma confiance en moi.
    Je suis assez maladroite, jamais encore je n’ai rattrapé un objet au vol malgré beaucoup de tentatives. Mais je mettais ça aussi sur le compte du strabisme qui m’empêche de voir les reliefs. Et mon écriture est difficilement lisible.
    Mes parents ont cru que j’étais surdouée et m’ont donc fait passer un test de QI vers mes 2 ou 3 ans. Je n’avais un QI que de 114. Normal pour une Asperger donc.

    C’est pour ça que j’ai pensé être Asperger.

    Mais il y a des choses qui ne concordent pas :

    Apparemment les Aspies manquent d’empathie. Pas moi. Je ressens tout ce que ressentent les gens d’une manière plutôt hypersensible. Je comprend ce qu’ils désirent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils vont me répondre… en un instant. Je sais parfaitement me mettre à la place des autres. Le problème est que je les comprend, mais je ne sais pas comment réagir.

    Je manque de diplomatie également. Si quelqu’un pleure en me racontant ses malheurs je ne le prendrais certainement pas dans mes bras, je ne vais pas le consoler. Je vais lui dire de façon violente ce qui ne va pas, pourquoi ça se passe comme ça et ce qu’il faut qu’il change. C’est souvent blessant, mais je ne m’en rend pas compte.

    Je n’ai pas non-plus besoin d’une routine particulière, au contraire, j’ai besoin que les choses changent, je n’aime pas les “habitudes”. Et c’est un point important des aspergers d’après ce que j’ai lu.

    J’espère que tu me diras ce que tu en penses après ce looooooong texte ;)

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