Droiture intérieure & syndrome d’Asperger

aspie_bubblesUne des caractéristiques du syndrome d’Asperger est une droiture intérieure hors du commun, que d’aucuns qualifieraient facilement de psycho-rigidité  :x

Comment définir cette droiture d’esprit ? Sorte de « mur de moralité », ou encore de principes moraux, de valeurs qu’un Aspie peut TRÈS difficilement transgresser (ou voir transgressés par d’autres en gardant le silence) !  :)

Ça a toujours été chez moi quelque chose de très présent, tant enfant qu’adulte (c’est à dire que la souplesse à ce niveau là n’est pas venue, même avec les années, les habituations, les apprentissages :fbho: ).

Je suis par exemple particulièrement encline à envoyer des courriers à qui de droit pointant du doigt une faute, un dysfonctionnement, une erreur, une confusion, un oubli  :x

Je signalerai par exemple obligatoirement une anomalie constatée entre un panneau routier & un marquage au sol, un chantier sans signalisation appropriée, une lettre d’informations erronée ou présentant des fautes d’orthographe, de syntaxe.

C’est quelque chose que j’ai toujours fait & qui, lorsqu’on est enfant & à l’école, passe généralement pour du fayotage ! J’en ai conscience aujourd’hui (ce n’était pas le cas à l’époque…).

Quoi de plus condamnable chez des enfants ou pire, des ados, que de rappeler à un prof où nous en étions au cours précédent  :?:
Pourtant, l’objectif n’était en aucun cas de me faire bien voir du corps enseignant (encore une chose qui m’est toujours passée au dessus de la tête). Il ne fallait y voir aucun calcul tordu de ma part, seulement une honnêteté dénuée de tout faux-semblant, de toute intention seconde. Il ne m’était tout simplement pas possible de me taire.

Mon incompréhension face aux réactions des autres dans ces moments-là était totale, & l’est toujours du reste. Même si je sais aujourd’hui que ce genre d’attitude n’est pas apprécié, je ne comprends toujours pas pleinement ce qui les dérangeait au fond.
Ma tendance naturelle irait jusqu’à leur dire, à la manière d’Adrian Monk :

« Vous me remercierez plus tard ! »

Le respect des règles a toujours été capital pour moi. J’ai appris, en surface & de manière artificielle, que ce type de réactions constituait un comportement peu populaire (jamais personne ne me remerciait, en fait :( ).
Je crois cependant que je ne saisirai jamais la chose en profondeur. Je ne le ressens ni ne le perçois pas du tout comme quelque chose de négatif, mais je sais aujourd’hui que socialement, c’est à proscrire.

Cette droiture, cette manie du signalement fait partie des très nombreuses anecdotes qui m’ont fait adorer « Le Théorème du homard » (j’en parlais dans ce billet). Le protagoniste, Don Tillman, a lui aussi cette fâcheuse habitude  :P

Depuis que j’ai été diagnostiquée, je me suis d’ailleurs rendue compte d’une chose qui pourrait paraître comme surprenante, mais qui est finalement évidente à la lumière de mon trouble du spectre autistique : j’adore les codes (en tous genres ! Les textes de loi, le code de la route, les règlements quels qu’ils soient, la grammaire. Tout ce qui a l’apparence de « codes »).
J’ai toujours été fascinée par cela, j’aime leur précision, leur cadre strict, leur application à la lettre. Leur apparence claire & carrée (à mes yeux en tous cas) me rassure, j’aime par dessus tout l’ordre & la logique & quoi de plus ordonné qu’un code ?

Je me souviens de mon admiration pour Isaac Asimov lorsque j’ai lu, étant petite, ses romans pour la 1ère fois & que je suis tombée nez à nez avec ses fameuses « lois de la robotiques » !  :love:

Or les Aspies manquent de codes sociaux, ceux-là même que les autres, les neurotypiques, connaissent (ressentent, comprennent ?!) dès leur plus jeune âge, sans difficulté.
A croire que mon attirance pour les codes & les règlements fait écho à ceux, sociaux, qui me font défaut  :!:

Droiture intérieure & syndrome d'AspergerRespecter scrupuleusement les règles, définir un cadre bien précis (à la manière des fameux contrats de Sheldon Cooper  :round: ), suivre des principes de vie avec rigueur (pas du tout sur un plan religieux ! Je suis athée, mais des principes qui me semblent évidents humainement parlant) m’est indispensable, quoi que je fasse.

Et c’est sans doute pour cette raison qu’il m’est bien difficile de tolérer des gens irrespectueux des règles.

Alors je sais que chacun fait ce qu’il veut, & qu’il me faudrait savoir m’occuper de mes affaires. Mais dans la plupart des cas, c’est plus fort que moi : il faut que je joue les justicières lorsque je suis témoin de quelque chose qui enfreint une règle que j’estime importante…

Et puis je pense que ce monde ne serait pas si triste & désolant si l’ensemble de ses acteurs avait un tout petit peu plus de civisme. Disons que j’en ai pour 2 (… ou 3  :fbangle: ).

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8 réponses à Droiture intérieure & syndrome d’Asperger

  1. favennek dit :
    Je me rappelle enfant que je pouvais angoisser si jamais je faisais qqch qui sortait des règles ou code. Mes parents souriaient ne comprenant pas comment je pouvais m’inquiéter comme ça.

    Ado aussi, je me rappelle m’être enfoncée dans la religion bourrée de codes. Ce fut une période très très sécuritaire et strict mais aujourd’hui je pourrai plus tellement ça me correspond plus.

    Aujourd’hui, c’est trèèèès différent. Je crois que je passe mon temps à enfreindre les règles. Un peu comme si j’avais décidé de prendre le revers de mon angoisse. Quand je respecte les règles, c’est qu’en général, je suis dans l’inconnu. Mais une fois tout maîtrisé, allez hop, j’envoie tout valser et je vis bien mieux!!

  2. J’ai été diagnostiquée à l’âge de 8 ans (mais on ne parlait pas encore du syndrome d’Asperger en 1991), mon mari n’a pas été diagnostiqué, mais étant donné que nous présentons les mêmes symptômes, nous comprenons votre état d’esprit. Mon mari, ce qui le déprime, c’est vraiment quand on enfreint la loi (il insiste et vérifie à chaque fois si j’ai bien validé mon pass Navigo quand je monte dans le bus). Moi qui suis musicienne et percussionniste, je fais chi*r mes chefs d’orchestre quand il y a une déviation par rapport à la partition (et pourtant, dans les percussions brésiliennes, les possibilités d’improvisation sont légion). Je suis aussi très religieuse, mais pour autant, avec le temps, je préfère m’affranchir du dogme. En règle générale, quand il y a un truc qui dévie de la moyenne – même au travail –, je me dis : “Putain, qu’est-ce qui se passe ?” Mais au lieu d’être galvanisée par le fait de chercher et trouver la solution pour que tout rentre dans la norme, je me fatigue à me focaliser sur cette petite déviation…
  3. diane dit :
    face à des malentendus et disputes avec des amis je me suis souvent dit qu’il me manquait la connaissance de certaines règles sociales, je me suis souvent dit “si seulement vous pouviez m’expliquer les règles de votre monde je me sentirai moins perdue”… les codes d’honneur et d’éthique m’ont toujours fascinés pour ma part.
  4. Gentleman du desert dit :
    Je me reconnais dans ce que vous décrivez et dans certains de vos articles publiés ici même ou dans “les tribulations d’un petit zèbre”. J’en profite pour vous remercier au passage car par l’intermédiaire de vos “blogues” j’ai découvert des ouvrages ainsi que des informations utiles qui m’ont permis d’avancer dans la connaissance de ma personnalité.
    Ce dont je voudrais parler ici, c’est pourquoi cette méfiance et ce rejet (catégorique ?) de la religion comme si cela allait de soi. Moi-même je suis musulman et je ne me sens pas moins libre que quiconque, je ne ressens pas plus de contraintes parce que je suis musulman. J’ai choisi ce mode de vie (l’islam) en mon âme et conscience après une longue réflexion sur le but de la vie et un cheminement spirituel. D’ailleurs l’islam me donne un regard différent sur l’autisme, me sentant moi-même concerné par le “syndrome d’Asperger” sans avoir fait de “test” pour le moment qui viendrait valider cette intuition. Je préfère utiliser le terme de “test” plutôt que de “diagnostique” car ce dernier renvoie à la maladie.
    Voilà, je vous remercie de prendre le temps de me lire et encore une fois je vous remercie pour vos “blogues”.
    Si vous voulez en savoir un peu plus sur mon point de vue sur la religion ou mon regard sur l’autisme, je suis à votre disposition….. Dans tous les cas je vous souhaite une bonne continuation à vous ainsi qu’à toute votre famille.
  5. Flup dit :
    Le domaine dans lequel ça se marque le plus dans mon cas, c’est l’orthographe. J’en arrivais même à mettre un point d’honneur, lorsque je jouais à un célèbre jeu en ligne, à accentuer les majuscules qui le nécessitaient dans les canaux de discussions (ce qui augmentait d’autant la différence, vu le niveau assez abyssal de ces canaux).

    Concernant le respect des règles en général, je me retrouve également dans votre description, notamment les textes de lois (ou administratifs), code de la route (régulièrement, je me remets mentalement en situation d’examen pour le permis). Je me souviens qu’adolescent, j’avais emprunté le Code civil et la Constitution à la bibliothèque parce que je voulais écrire une version moderne et plus démocratique de la République de Platon (en vivant dans une monarchie constitutionnelle).

  6. lg dit :
    le code en règle générale, me rassure.
    Le pire aura été de passer le permis de conduire. Enfin, la pratique car le code aucun souci mais une trouille rien que de savoir que personne ne suit le code (de la route)…
    finalement 20 ans plus tard, je suis une des rares à strictement rouler à moins de 50 dans un village et me fait doubler allégrement tous les jours rien que d’avoir suivi le code…
    dans la vie, aussi cet irrésistible envie de corriger ou signaler toute erreur ou tout manquement (au code!) ce qui me vaut souvent d’être remis à ma place …
    du coup je passe sous silence à grand effort, mes envies et j’ai fini par ne plus (trop) rien dire mais à quel prix?
    :?:
  7. Mart dit :
    Bonjour,
    Je ne sais pas si ça se rattache ou non au sujet de votre billet, mais bon. Je crois qu’on peut à la fois détester les codes, les règles, les principes, qu’on juge contraignant et stupides, adaptés à la loi du plus grand nombre et pas à l’exception, trop nivelant, et adorer un principe supérieur d’organisation, comme une éthique (au sens général, moral), ou une règle du jeu (d’un jeu de carte par ex.), un principe de vie ensemble (une règle de bon comportement entre voisin par ex.), tout ce qui permet d’organiser le chaos, de dominer ce que les économistes appellent le dilemne du prisonnier, de tirer vers le haut, vers un fonctionnement harmonieux, un état de civilisation supérieur.
    L’amour de la règle pour la règle m’a toujours semblé être une simple béquille anti-angoisse, quelque chose qu’il faut apprendre à dépasser. Alors que l’attachement instinctif pour ce qui permet aux groupes humain d’échapper au chaos et à la violence des conflits d’intérêts m’a toujours semblé le coeur de la civilisation et, surtout, du sens éthique individuel.
    S’il y a quelque chose de noble dans ce syndrome aspi, c’est plutôt ça. Et c’est donc plutôt ça qu’il faudrait mettre en avant quand on se propose de défendre la cause des aspis et lutter contre les clichés qui leurs sont défavorables (me revoilà donneur de leçon, désolé).
    Merci pour ce blog et tout ce travail.
  8. Alice dit :
    “Alors je sais que chacun fait ce qu’il veut, & qu’il me faudrait savoir m’occuper de mes affaires. Mais dans la plupart des cas, c’est plus fort que moi : il faut que je joue les justicières lorsque je suis témoin de quelque chose qui enfreint une règle que j’estime importante…
    Et puis je pense que ce monde ne serait pas si triste & désolant si l’ensemble de ses acteurs avait un tout petit peu plus de civisme. ”

    Ah man diou… c’est tout à fait moi, d’ailleurs il faut automatiquement que les règles à respecter fasse sens pour moi et qu’elles me semble juste sinon, j’en ai rien à faire. Je ne les respecterais pas ou pas longtemps.
    Depuis quelques mois je roule en ville à vélo, et j’arrête pas de repérer tel aménagement qui va pas, telle personnes qui fait n’importe quoi et parfois je l’ouvre et à force de pointer aux gens qu’ils font de la merde je vais me prendre des beignes, mais c’est plus fort que moi!!
    Je ne le fait pas à chaque fois ça serait épuisant mais sur un trajet je peux repérer autour d’une dizaine de dysfonctionnements et ça m’énerve à chaque fois et du coup parfois c’est trop, j’explique la vie aux gens et j’en ai même pas honte! Et je pense que la ville devrait me payer pour mon civisme! (hahaha, je suis consciente que j’exagère mais y’a un fond de vrai quand même) Puisque que si ils respectaient les règles, ILS seraient moins dangereux pour les autres usagers de la route!! Et c’est pareil à pied, et pour d’autres trucs d’organisations bête, des idéologies, des opinions, ext…. Parfois je me dis que je suis une vraie fasciste dans ma tête mais je n’aurais jamais pensé que ça faisait partie d’un symptôme du syndrome d’asperger… Je pensais que c’était mon caractère un peu obsessionnel sur certains trucs… holalala… je sens que je vais passer des heures à me documenter intensément sur le syndrome…

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