Le rapport à l’apparence & au corps chez une Aspergirl

Le rapport à l'apparence & au corps chez une AspergirlLe rapport à l’apparence, au corps n’a jamais été facile pour moi. A la lumière du diagnostic du SA, je comprends aujourd’hui bien des choses qui me dépassaient depuis plus de 30 ans  :fbhum:

Je ne saurais dire s’il en va de même pour toutes les aspergirls ? Mais, comment avoir une image cohérente de soi quand cette image est en grande partie conditionnée par ce que les autres perçoivent de vous & vous renvoient.

Le regard qu’ils posent sur vous, sur votre “extérieur”, comme sur ce qu’il se dégage de votre aspect sans même que vous n’en ayez conscience est forcément biaisé, puisqu’ils ne vous comprennent pas & vous trouvent étrange ?

Ce qui a toujours eu pour conséquence chez moi un sentiment extrêmement intense de décalage entre mon corps & mon esprit.

Je suis autiste et cela n’est pas « exactement » ce que vous croyez…

Je ne suis pas qu’autiste : je suis aussi une très jolie femme à l’aspect extérieur anormalement juvénile, avec un gros cerveau, tout plein de diplômes, en plus d’être une terrible pipelette…

Mais je suis autiste et, donc, je n’ai pas écrit un article mais… beaucoup !

Le gros cerveau est un cliché des autistes, il faut dire qu’en raison de l’indigence de l’éducation adaptée, seuls les plus pourvus de ce coté là ont une chance non nulle de s’en sortir autrement que par l’internement à vie ou un placement dans un environnement protégé et sous tutelle ad vitam aeternam…

J’aurais pu écrire ces mots tant cela me correspond (il s’agit d’extraits d’un témoignage à retrouver sur le blog du Dr Martin Winckler) !  :?

Mais depuis aussi loin que je me souvienne, mon cerveau a pris le dessus sur mon corps. L’intellect est l’élément moteur chez moi, sans aucune hésitation.

J’ai toujours eu horreur de ces jeux de séduction observés par la société. Je n’y ai jamais souscrit, ils ne m’ont jamais intéressée & je les ai toujours méprisés. Mais surtout, j’ai toujours détesté que l’on tente de m’y placer contre ma volonté !
Comme si être une femme impliquait de fait d’accepter ces règles absurdes : être considérée comme un objet de jeu & de désir, tout définir par le prisme d’intentions de séduction là où de mon côté, elles sont inexistantes & à des années lumière de mes préoccupations o.O

Cela m’a longtemps mise en colère, avec l’impression d’être réduite à un bout de viande, un simple corps. Ce corps qui, dans mon monde n’est pas primordial & tient le second rôle.

Comme le fait que l’on dise me trouver jolie ! Si avec l’âge la colère a laissé place à l’indifférence : je me regarde comme si ça n’était pas moi de toutes façons, ça ne me touche pas. Je l’entends, mais n’y accorde aucune espèce d’importance.
Un peu comme s’il y avait une dissociation irrémédiable entre mon enveloppe corporelle & ma personne, qui ne se définit que par mes pensées !?

Je sais pourtant que, qui je suis, je le suis à la fois cérébralement & physiquement. L’un ne peut pas aller sans l’autre… mais je l’ai appris de manière artificielle, comme d’autres choses dans ma relation au monde.
Il m’a fallu l’intellectualiser, cette idée n’avait rien d’une évidence. Pourtant j’ai beau le concevoir sur le plan de la théorie, cela ne m’empêche pas en pratique de ne pas le ressentir.

Dans ma vision des choses, mon corps est un boulet attaché à mon âme & que je traîne avec peine. Il me pose souvent problème, comme une sorte de malédiction à laquelle je ne peux échapper.

Certains de mes sens étant particulièrement développés, comme l’ouïe & l’odorat, je reçois en permanence les signaux de sons & d’odeurs que la grande majorité des autres personnes n’identifient pas. Non seulement ils ne les perçoivent pas, mais quand ils les détectent, ils n’en font pas cas  :roll:

Hyper-sensibilité sensorielle

Nous traitons les informations par le même canal que tout le reste. Donc inconsciemment nous « tendons l’oreille » en permanence pour vous percevoir… Sauf que cela augmente le volume de tout ce que nous percevons. Donc nous sommes sensoriellement hyper-sensibles et c’est très pénible tout ce bruit, ces images, etc.

Merci de ne pas essayer de nous inviter dans un restaurant bondé sur une table en plein courant d’air… Nous risquons d’avoir du mal à cerner ce qui se passe et de ne pas trop apprécier même si c’est le meilleur du coin…

De même les textures, notamment celles des vêtements, des draps, des serviettes de toilette sont un problème pour moi.  Il y a des matières qui me sont atrocement difficiles à supporter ou ne serait-ce qu’à toucher sans ressentir un profond malaise  :fbblue:

Je n’aime pas les photos (je n’aime pas être dessus, pour être précise !). Cependant elles font partie intégrante de l’existence sociale, j’en ai pleinement conscience.
Il m’est très souvent arrivé que l’on me demande si j’étais triste sur telle photo, ou de souligner un air sévère & sérieux sur telle autre.

Je n’ai jamais vraiment compris ces remarques dans le sens où, à mes yeux, c’est mon air “normal”. N’étant à ce moment là ni particulièrement triste ou concentrée  :fbpff:
Au fil des années, j’ai appris à composer avec ce genre de mystères, & si c’est vrai que je ne suis pas une grande rieuse (au sens de pas spécialement délurée. J’ai d’ailleurs horreur des personnes exubérantes & très extraverties, faisant de grands gestes & beaucoup de bruit), là encore j’ai appris progressivement & instinctivement à lâcher prise.

Je me rends compte qu’avec le temps qui passe, je fais beaucoup moins d’efforts pour essayer de contenter les autres. Comprendre par là qu’à 34 ans, je me dis que j’ai le droit d’être ce que je suis, que cela plaise ou non :up:
Je n’ai plus envie de dépenser mon énergie à essayer d’entrer dans un moule de normalité pour faire semblant de correspondre à une image imposée. Je n’en ai plus la force non plus, car ce camouflage est épuisant, physiquement comme nerveusement.

Il faut aussi avoir l’honnêteté de s’avouer qu’outre le fait de finir par manquer de courage (il en faut une bonne dose pour continuellement nager à contre-courant de son identité  & aller dans le sens de la masse), cet acharnement à se fondre dans le paysage est vain.

L’illusion n’est que de courte durée & au prix d’une énorme fatigue lorsque le masque peut enfin tomber  :pff:

Les femmes aspies ont néanmoins un avantage sur leurs homologues masculins : elles peuvent user d’un artifice en se cachant derrière le maquillage :!:
J’ai très tôt compris l’intérêt que j’aurais à me servir de cette ruse pour dissimuler d’une part mon allure très juvénile, d’autre part mon atypie.

Même là encore, je me plie de moins en moins souvent à ce rituel considéré par la société comme étant la quintessence de la féminité. Et je ne me sens jamais mieux que quand je peux finalement retirer ce masque pailleté & coloré…

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8 réponses à Le rapport à l’apparence & au corps chez une Aspergirl

  1. Marlène dit :
    J’ai beaucoup de choses à dire sur le sujet (troubles alimentaires pendant 12 ans pour cacher ce corps-interface, pour n’être qu’une âme pensante….sauvée par la danse qui me sert à exprimer mes émotions sans entrave). Mais j’ai les mêmes constats que toi y compris que je n’ai plus envie de faire d’efforts (à 34 ans moi aussi ^^). Alors certes, on me trouve d’autant plus bizarre mais mes collègues de cours ont l’air de m’avoir acceptée ainsi et font avec. Il y en a mêmes quelques uns qui se sont adaptés et font quelques efforts pour ne pas m’imposer certaines choses. Ils savent aussi me dire avec délicatesse quand je vais trop loin (ton trop directif, trop pointilleuse ou que je fais mon Sheldon comme ils disent). Et ils savent aussi me féliciter comme hier pour le travail de groupe dont j’ai pris en charge la présentation et l’orale toute seule et qui a été qualifié d’excellent par les formateurs. Parfois, on peut être soi-même et ça peut bien se passer. Mais cela reste un contexte particulier avec un groupe de collègues qui j’ai plus ou moins choisi.

    Je précise que je n’ai pas été diagnostiquée. Je me reconnais juste depuis longtemps dedans et mon mari également. Donc à prendre ce témoignage pour ce qu’il est. :)

  2. diane dit :
    je ne pense pas être aspie, mais je me reconnais beaucoup dans certain passages de votre texte… Le fait d’avoir des remarques sur son air (soit disant) sévère ou triste sur les photos, j’ai toujours envie de répondre: “ben c’est simplement ma tête!”
    Le fait de ne pas être intéressée par les jeux de séduction et être horripilée quand je vois la plupart des personnes user de cet artifice pour parvenir à leur fins et y arriver!
    La séduction, c’est aussi quelque chose de complètement central pour beaucoup de collégiens et lycéens, des années tellement difficiles à vivre quand l’on cherche simplement un ami, quelqu’un avec qui il est possible d’échanger des idées, quelque soit son sexe.
    Et quant au maquillage, encore un masque qu’il m’est difficile de porter…

    Merci en tout cas de partager votre expérience

  3. sandra dit :
    bonjour, ton témoignage et les commentaires m’ont fait sourire, je me reconnais dedans, j’ai 33 ans, je suis maman solo de 3 tit bout dont un tit garçon autiste de 4ans, je fais mon train train en éssayant de passer inaperçut, vu que c’est dure car j’ai un physique qui attire un petit 36 en taille de vetement pour 1m67, j’ai pris comme arme de protection un franc parler qui fait fuire les gens, et ça me va.
    j’ai toujours évité le contact avec les gens, je préférait lire ou rester dans mon coin à réver.
    tout le monde me disait de sortir de ma bulle, quand, j’étais avec du monde, je me renfermais et faisait des “caprices” je me suis apperçut très vite qu’en énervant les gens, on me laissait dans mon coin.
    j’ai refusé de rentrer dans le moulle j’ai fait mes études pour me simplifier la vie, après le bac, j’ai continué par correspondance, mais après une licence de psycho et une formation de secrétaire médicale, je suis devenu assistante maternelle, car je me sens bien avec des enfants et en plus en restant chez moi, je suis confronté au minimum d’adultes et ça me va super bien, j’ai trouvé mon équilibre.
    quand les médecin m’ont dit que mon fils était autiste, je leur ai répondu que je m’en doutais et qu’on trouvera des solutions pour qu’il ai une vie “normale”. la vie n’est pas un long fleuve tranquille mais en se battant pour rester qui on est, la vie est géniale.
  4. Francesca dit :
    C’est fou à quel point je peux me retrouver dans certains de vos billets. Je n’ai jamais compris les jeu de séductions non plus, ni surtout l’intérêt que mes camarades y portaient. Le maquillage m’a aidé un temps aussi, surtout dans le sens où il me permettait, même d’un point de vue psychologique, de devenir “quelqu’un d’autre”. Mais j’ai fini par me rendre compte que ce n’était qu’une illusion, y compris vis-à-vis de moi même, et cela fait des années que je n’y touche plus. Le “Oh que tu as l’air sérieuse là-dessus”, est aussi une phrase que j’ai beaucoup entendu pendant mon enfance quand il s’agissait de photos (beaucoup moins maintenant, j’ai appris à sourire, il parait juste que parfois je force un peu trop mes sourires… ben tiens!).
    Je ne suis pas diagnostiquée aspie pourtant, je ne pense pas l’être (quand je fais des test “en ligne”, qui sont bien sûr à prendre pour ce qu’ils sont, je me retrouve toujours avec un score “limite”, soit juste au dessus de la barre de l’autisme, soit juste en dessous, difficile d’en tirer une conclusion, ni même une indication). Mais quand je vous lis, c’est parfois troublant de voir comme je me retrouve dans certaines choses, alors que je sais que très peu de gens pensent comme moi, et même me comprennent sur certains points.
    D’un autre coté, en ce qui me concerne, le diagnostique autistique ne m’intéresse pas. Attention, pas que j’en ai peur, je n’en vois juste pas l’intérêt aujourd’hui. Il y a vingt ans, certainement, mais aujourd’hui, à 33 ans, j’ai enfin réussi à construire un monde dans lequel je me sens bien, entourée de gens qui m’apprécient pour ce que je suis (même s’ils ne sont pas nombreux), j’ai appris à faire la part des choses entre ce que je peux supporter pour faire plaisir aux autres et ce que je ne peux pas, et je ne crois pas qu’un diagnostic – positif ou pas – de l’autisme pourra y changer.
    Par contre, j’ai aussi un petit garçon formidable, dans lequel je me retrouve énormément, et pour lui, je me pose énormément de questions (pas seulement pour l’Asperger d’ailleurs mais aussi beaucoup sur le HP). Est-ce que le diagnostiquer l’aidera? Est-ce que cela m’aurait aidé? Ou au contraire, est-ce que ce sera l’enfermer dans un aspect de lui-même en étouffant le reste? Nous somme dans un monde de boite. Trouver un qualificatif pour quelqu’un, c’est l’enfermer dans un boite. Et pour la plupart des gens, c’est ramener cette personne à cette boite. J’ai très, très peur de ce qui arrivera si mon fils est diagnostiqué HP, ou asperger, ou les deux. J’ai peur que les gens, même sans le vouloir, l’enferment dans une boite. Parce que je SAIS que nous sommes bien plus qu’un diagnostic, que le monde n’est pas un empilement de boite mais quelque chose à considérer dans sa globalité, que c’est notre esprit humain qui a besoin de diviser les choses en plus petite parcelles parce que nous ne pouvons pas appréhender le monde dans son ensemble, mais que du coup on réduit très facilement les choses à ces petites parcelles.
    Je me rends compte que que je fais pas mal de hors sujet là, et je ne sais pas si je me fais bien comprendre… :roll:
    Tout ça pour dire que vos articles m’interpellent énormément. Et que je suis contente d’avoir découvert votre blog (et l’autre aussi) :)
  5. Flup dit :
    J’imagine que ce rapport à l’image est va plus encore à l’encontre des habitudes chez une femme.

    Pour ce que est de mon vécu d’homme bientôt quarantenaire, je lis (comme dans bien d’autres billet de vos blogs) des choses qui me sont familières, mais que j’ai toujours du mal à en démêler les origines. Celui de l’image de soi en fait partie, et je ne sais jamais si je dois l’attribuer au déficit d’image fréquent chez les HP (thqi dans mon cas, mon diagnostic étant très récent), une possibilité de syndrome d’Asperger (dont les possibilités de diagnostic me semblent encore moins accessibles en Belgique qu’en France) ou le genre d’événement dans l’enfance qui détruit l’image qu’on peut avoir de soi…

    La réponse se situant peut-être à l’intersection des 3

    • Ariane dit :
      Je lis dans ces posts et leurs commentaires bien des choses qui me parlent et m’interrogent profondément.
      Passée il y a longtemps par l’analyse, diagnostiquée il y a deux ans HPI (tardivement, à plus de 46 ans…), possible aspie (si j’en crois le RAADS-14 Screen : 32), je prends conscience petit à petit d’éléments de puzzle mais peine à démêler les origines…
      Quant au rapport au corps, “La réponse se situant peut-être à l’intersection des 3” me semble juste…

      Comme dans de nombreux domaines, il est assez rare d’entendre la voix des femmes. Merci pour ce blog qui aide à retrouver et suivre son fil.

  6. isaure dit :
    Tout d’abord merci!
    J’ai 42 ans, et depuis seulement 2 ans, je me reconnais quand je me vois dans un miroir (sur une photo c’est différent).
    Je suis une femme, j’ai 3 enfants et on me donne tout juste la trentaine.
    Vers 15 ans, j’ai perçu que la “féminité” était une chose de la plus haute importance tout en trouvant cette histoire dénuée de sens. Être féminine, il le fallait, c’est la nature et blablabla… grosso modo être féminine = être un aimant à garçons… (je ne connaissais pas l’homosexualité à cette époque).
    J’ai cherché à comprendre cette histoire de féminité, il devait y avoir quelque chose de profond là-dedans, d’essentiel!
    J’en suis arrivée à cette conclusion assortie d’une colère terrible : la féminité c’est de l’ordre de l’essence, de la nature. Et par conséquent il n’y a rien à montrer ni à prouver. Et par conséquent les attraits convenus de la féminité comme la longue chevelure et le maquillage et le parfum et les bijoux… ce ne sont que des artifices, de la triche quoi!
    Alors je me suis rasée la tête!
    J’ai découvert la “planète Asperger” il y a un mois, et je crois bien que c’est de là que je viens. Je commence mon périple-recherche de diagnostic quel qu’il soit.
    Voilà!

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